King Lear Syndrome - ou les mal élevés d'après "Le Roi Lear" de William Shakespeare

Elsa Granat, Compagnie Tout un ciel

2022

Ecriture et mise en scène Elsa Granat

Assistée de Jeanne Bred

Avec Lucas Bonnifait, Anthony Cochin, Elsa Granat, Clara Guipont, Laurent Huon, Bernadette Le Saché, Edith Proust, Hélène Rencurel

 

Et cinq interprètes amateurs

Dramaturgie Laure Grinsinger

Scénographie, construction et accessoires Suzanne Barbaud

Construction Yohan Chemmoul-Barthelemy

Lumière Lila Meynard

Son John M.Warts

Accompagnement chorégraphique Florence Caillon

Costumes Marion Moinet

Régie générale Quentin Maudet

On entre par le jardin dans cette fresque, de larges fauteuils de rotin blanc, une robe de mariée, du champagne, des airs classiques. Un vieux père marie sa fille, la benjamine des trois sœurs. Pendant la fête, il fait un malaise cérébral, tout le monde hurle ; il reprend ses esprits mais se met, tout à coup, à parler de « royaume » et de « malédiction ». Le repas de noce est bientôt servi, les filles s’impatientent, leur père est incohérent, il exige qu’elles lui disent combien elles l’aiment. Il faudra bien rejoindre les invités, les aînées décident de s’y plier mais Cordélia, la jeune mariée, refuse. C’est à ce moment-là qu’il devient proprement fou. Les filles, déchirées entre loyauté et culpabilité, se détachent de ce père vulnérable qui tombe trop tôt entre leurs bras trop jeunes. Elles font ce qui se fait et le mettent en EHPAD. Placer le vieux le plus fou de la littérature dans ce type d’établissement, c’est aller taillader les sols plastifiés pour s’attaquer au fond obscur des choses, des âmes, des soignants et des soignés. La cellule familiale se décompose en souvenirs et en blessures. C’est le cerveau fêlé de Lear qui ramène sur le devant de la scène des bribes éparpillées du théâtre, du XXe siècle, de la politique, comme le ressac émaillé de coquillages. Les mots de Shakespeare, de Musset, de Joan Baez, son passé de petit enfant de Bretagne, tout se mélange dans ce temps-accident. « Nous rampons vers la mort. » Il sait très bien qu’il va mourir, incandescent il ne va rien lâcher des dernières heures à vivre, il va les explorer, combattre la langue affadie, affaiblie d’aujourd’hui en retournant à pleines mains la terre des poèmes.
 

Les émotions débordent, partout la folie guette, à moins que ce ne soit la vie, tout simplement. La force brute, l’inavouable, l’intransigeante qui persévère au-delà des idées, des croyances et des limites, la furieuse envie de vivre.

« Quand nous naissons nous pleurons d’être arrivés sur ce grand théâtre de fous. »
William Shakespeare, Le Roi Lear (
traduit par Luc Gustine)

Décor pensé et construit à L'Atelier de l'Espace

poste : scénographe, accessoiriste, constructrice